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L'adieu aux victimes des massacres de Srebrenica

source: Le Courrier des Balkans (28 mars 2003)

Ce 31 mars, les dépouilles de six cents victimes du plus horrible des massacres depuis la Seconde Guerre mondiale vont enfin reposer en paix au mémorial du cimetière de Potocari, à côté de Srebrenica, dans l'est de la Bosnie. Ils ne seront plus des morts inconnus.

Par Jenny Ranson à Sarajevo

Dans l'ancienne enclave protégée par les Nations Unies, à la sortie de Srebrenica, près de 7500 hommes et garçons ont été entraînés vers une mort certaine, en juillet 1995.

Pour les familles des victimes qui ont été retrouvées et identifiées, l'enterrement sera l'occasion de faire des adieux définitifs aux défunts et aussi de savoir qu'ils reposent dignement dans des tombes à leurs noms.

Près de 40 000 personnes ont disparu entre 1991 et la fin du conflit au Kosovo en 1999, dans toute l'ancienne Yougoslavie.

Cette question des disparus demeure prédominante dans tous les programmes d'actualités dans la région. Les hommes politiques présentent des arguments pour réfuter accusations et dénégations, mais tout le monde s'accorde pour dire que tant que des progrès importants pour retrouver les personnes disparues n'auront pas été faits, il ne pourra pas y avoir de véritable réconciliation, et les sociétés ne pourront pas avancer.

La Commission Internationale sur les Personnes Disparues (CIPD) a été mise en place, en 1996, pour travailler avec les gouvernements régionaux et les familles, afin de localiser les dépouilles mortelles et de leur redonner une identité.

Les dépouilles ont été retrouvées dans des fosses communes ou individuelles, éparpillées sur les pentes des collines et dans les forêts. Dans la morgue principale de Tuzla, on compte 4500 sacs mortuaires, mais les médecins légistes sont prudents avant d'affirmer que ce chiffre correspondrait à celui des 4500 personnes encore portées disparues.

Ces sacs contiennent des restes de corps entiers ou des morceaux de corps. En combinant les techniques traditionnelles et la technique des tests ADN, les scientifiques de la CIPD essaient d'identifier les victimes en comparant les échantillons d'os et les échantillons de sang donnés par des proches des personnes disparues.

Une fois que l'identité a été établie par le test ADN et confirmé par d'autres preuves, comme l'âge, le sexe, les caractéristiques physiques et les vêtements, la Commission peut demander un certificat de décès aux autorités locales et les restes peuvent alors être remis aux familles.

Parce que chaque individu a un profil unique d'ADN, à l'exception des vrais jumeaux, ce procédé est aussi sûr que possible pour établir l'identité d'une personne. La commission arrive même à identifier des restes qui ont été brûlés ou partiellement détruits par des agents chimiques.

C'est une avancée considérable par rapport aux méthodes traditionnelles de la médecine légale qui peuvent parfois, utilisées seules, donner des résultats erronés, car les vêtements peuvent avoir été échangés, les documents volés ou perdus, les victimes défigurées. La combinaison des informations personnelles et des tests ADN des proches, idéalement les parents, les frères ou les enfants, rend l'identification plus précise.

Mais tout le monde ne vient pas spontanément pour faire un test. Parfois parce que la famille toute entière a disparu et qu'il ne reste personne à contacter, parfois parce que certains sont méfiants envers les autorités et ont le sentiment qu'en faisant cette démarche, ils admettent la perte d'un être cher.

La CIPD et les autorités gouvernementales travaillent avec des associations de victimes pour atténuer les craintes et encourager les gens à prendre part au programme d'identification.

On dénombre à présent soixante-dix de ces organisations dans la région, comme le groupe bien connu des Mères de Srebrenica. Non seulement, elles apportent un soutien aux familles des morts et des disparus, mais elles font pression sur les autorités pour obtenir plus d'informations sur ce le sort des disparus. La Commission encourage aussi leur travail sur les questions des droits de la personne, afin de parvenir à la vérité et à la justice. Ce n'est qu'à ce prix que la réconciliation sera possible.

Chaque test d'ADN, celui d'une dent ou d'un os long par exemple, prend environ une semaine pour être achevé . Dans les cas simples, ces résultats sont comparés aux échantillons de sang que possède la banque de données.

S'il y a deux proches parents, des parents ou des enfants, qui ont déjà fourni un échantillon, le processus complet peut-être fini en deux à trois semaines et coûte environ 300 dollars. On fait part des résultats à la famille et la Commission demande un certificat de décès.

Mais tous les cas ne sont pas simples. Jusqu'à présent, les scientifiques et les techniciens ont travaillé sur des corps qui étaient complets, il y a beaucoup de corps qui ont été désintégrés et qui demandent plus d'un test ADN avant d'être identifiés et retournés à leurs familles.

Bien qu'ayant déjà recueilli 40 000 échantillons de sang, la CIPD estime qu'il lui en faudrait encore au moins 60 000 pour avoir une bonne chance d'identifier tous les restes qui doivent être analysés dans les mois et les années à venir.

Il existe déjà environ 3000 échantillons d'os pour lesquels il n'y a pas d'échantillons de sang comparables. Et la Commission fait campagne pour retrouver des familles résidant encore dans la région ou qui sont parties ailleurs, aux États-Unis, en Europe ou en Australie.

Une visite récente d'une équipe de la CIPD dans les villes de Chicago et Saint-Louis a permis de recueillir 163 échantillons de sang et des comparaisons positives ont pu être faites.

La Commission reçoit des fonds de treize pays, les USA et les Pays-Bas sont les donateurs les plus importants. Elle reçoit aussi des fonds d'entreprises privées. Les ressources financières sont assurées pour 2003, mais le travail pourrait avancer plus vite avec plus d'argent. Les laboratoires ont la capacité de traiter plus de cas, mais sont limités par la quantité de réactifs chimiques qu'ils peuvent acheter.

Le programme connaît un grand succès. Il y a maintenant trois laboratoires en Bosnie-Herzégovine, un en Serbie et un projet commun en Croatie. La Commission a auusi des bureaux au Kosovo et en Macédoine, et des équipes de collecte de sang parcourent les villes et les villages.

La première identification par le test ADN a eu lieu en novembre 2001, pour un garçon de âgé 15 ans de Srebrenica. Depuis, la CIPD a annoncé l'identification de 2000 cas et le rythme est aujourd'hui de 200 par mois environ.

La Commission continue à affiner son programme de test ADN. Les identifications se font maintenant non seulement avec les proches parents, mais aussi en utilisant des échantillons de sang des neveux, des cousins et des oncles.

En janvier 2003, 600 types ADN de Srebrenica ont été introduits dans la banque de données dans l'espoir d'arriver à plus d'identifications. Presque aussitôt , trois frères ont été identifiés sur la base du test ADN de leur père mort, associé à des échantillons de sang de leur mère et de leur sour.

Comme chaque individu reçoit la moitié de son ADN de chaque parent, le procédé ne pouvait pas aider à faire la distinction entre les frères mais, dans ce cas, ce sont les méthodes conventionnelles qui ont permis la comparaison entre les différentes caractéristiques physiques.

Les implications de ce projet sont immenses et affecteront la résolution des conflits dans le monde entier.

Les conséquences du génocide ne peuvent plus être cachées. La vérité sera dite et, si les droits des morts ne peuvent pas leur être rendus, au moins une tombe portant leur nom leur restituera leur dignité d'êtres humains.

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